La campagne contre l’initiative SSR s’ouvre, mais la SSR garde le silence. Pourquoi ?
Parce qu’elle n’a tout simplement pas le droit de faire autrement. En vertu de son mandat, la SSR ne peut ni engager du personnel ni consacrer des moyens issus de la redevance à une campagne politique. Cela la place dans une situation institutionnellement intenable.
L’acceptation de l’initiative affaiblirait fortement la place médiatique suisse. Cet argument mobilisera-t-il réellement les électrices et électeurs ?
Oui, car la décision les concerne directement. Depuis NoBillag, le contexte international a profondément changé : pandémie, conflits armés, retour de grandes puissances, tensions géopolitiques. Dans ces moments, l’accès à une information fiable, dans toutes les langues nationales, devient crucial. Je suis convaincue que cet enjeu sera déterminant pour beaucoup.
Comment toucher le public jeune ?
Nous comptons sur des personnalités comme Amélie Galladé, très présente auprès des jeunes. Mais il faut surtout reconnaître que nombre d’entre eux consomment déjà des contenus SSR — via les réseaux sociaux, les podcasts ou les plateformes numériques. La votation les concerne autant que leurs aîné·es. Notre campagne vise l’ensemble de la population, sans segmentation générationnelle excessive.
[werbung]
Quel sera l’élément décisif du vote ?
La question du seuil acceptable pour une baisse de la redevance. Après la réduction décidée par le Conseil fédéral, la SSR doit économiser plus de 270 millions de francs par an d’ici à 2029 — soit environ 17 % de son budget. Une redevance à 300 francs est difficile mais encore supportable ; à 200 francs, la mission ne pourrait plus être assurée. Le débat sur le périmètre de la SSR existera, mais ce n’est pas l’objet du scrutin.
Pourquoi la SSR reste-t-elle une cible récurrente des éditeurs ?
La situation s’est apaisée : à l’exception de Tamedia, les éditeurs s’opposent à l’initiative. Mais la tentation demeure d’identifier un adversaire national plutôt que de s’attaquer à la concurrence des plateformes globales. Or affaiblir la SSR ne résoudrait en rien les difficultés structurelles de la presse privée. La Suisse a besoin d’un écosystème robuste, combinant acteurs publics et privés, pour résister aux influences extérieures et aux campagnes de désinformation.
Les discussions autour de la SSR seront-elles closes après la votation ?
Non. Mais il sera nécessaire de laisser la SSR mettre en œuvre ses réformes. Le débat sur sa taille est ancien et persistera. L’enjeu, après la votation, sera de clarifier son mandat. Je crois que la population mesure désormais l’importance de médias solides pour la démocratie, particulièrement à l’ère des fake news. Affaiblir la SSR reviendrait à ouvrir la porte à des acteurs qui ne poursuivent pas les intérêts du pays.
Laura Zimmermann, de l’association Médias souverains suisses, préside le comité contre l’initiative SSR : initiative-ssr-non.ch


