Mathias Fürst, rédacteur en chef de l’« Urner Wochenblatt » depuis 2022

Métier  Pratique médiatique

30.01.2026

« On ne déniche pas les histoires derrière un bureau »

Un média local qui ne peut pas compter sur un flux d’actualités permanent doit s’appuyer sur une rédaction inventive – capable, parfois, de surprendre même son rédacteur en chef.

Par Bettina Büsser

Mathias Fürst estime: «Il n’y a pas une seule partie créative dans mon travail. Je pense que la créativité est essentielle dans ce métier, tout simplement. » Depuis 2022, il est rédacteur en chef de l’« Urner Wochenblatt ». A ce titre, il assume la responsabilité du contenu, dirige l’équipe, organise et anime les séances, tout en essayant de «  garder la maîtrise de l’agenda ». En parallèle, Fürst enquête, rédige des articles et signe des commentaires.

L’« Urner Wochenblatt » paraît deux fois par semaine. Le titre appartient à l’entreprise uranaise Gisler 1843, active dans les médias et l’impression, et atteint un tirage papier de près de 8500 exemplaires – ce qui en fait le plus grand journal du canton d’Uri. Il ne comporte pas de section suprarégionale : tout le contenu est produit dans le canton. Huit personnes composent la rédaction – sauf lorsqu’il s’agit des sociétés locales : « La couverture des associations est, dans une large mesure, assurée par elles-mêmes », explique Fürst. Parfois, un compte rendu d’assemblée peut toutefois inspirer un article de suivi rédigé par la rédaction, « par exemple si le ski-club décide de remplacer la randonnée d’automne par une virée à la Street Parade ».

Pour Fürst, la créativité joue un rôle clé dans le journalisme, surtout dans l’écriture et la recherche de sujets. Elle détermine, lors de la rédaction, si l’article sera agréable à lire : « Une bonne entrée en matière est aussi importante dans la presse locale que dans les grandes publications. »

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Pour une rédaction comme celle de l’« Urner Wochenblatt », la recherche de sujets exige une bonne dose de créativité : « Quand on travaille sur un territoire géographiquement très délimité comme le nôtre, on ne peut pas compter sur un flux d’actualités permanent », souligne Fürst. Parfois, l’agenda est chargé et l’équipe est absorbée par l’actualité quotidienne. Mais lorsque rien ne se passe, il faut être prêt avec des sujets maison. « Cela demande des personnes qui parcourent le canton les yeux et les oreilles ouverts, capables de repérer ce qui pourrait devenir un article intéressant. » Dans la conduite de la rédaction, il faut parfois un peu de courage pour laisser la créativité s’exprimer : « Ce qui paraît saugrenu aux oreilles du rédacteur en chef en séance de rédaction s’est souvent révélé être un excellent article. »

Qui fait la vaisselle ?

En tant que journal local, l’« Urner Wochenblatt » couvre aussi des événements qui se répètent — le carnaval, par exemple. Cela ne demande-t-il pas une créativité particulière pour trouver chaque année un nouvel angle ? « Je trouve parfois un peu forcé de vouloir absolument ‹réinventer› des événements récurrents », répond Fürst. Les cortèges de carnaval, les remises de diplômes ou le tir du Grütli se déroulent chaque année à peu près de la même manière, mais « nos lectrices et lecteurs veulent des images, savoir qui a participé et quels ont été les résultats ». L’important est qu’il n’y ait pas que ces articles-là — et que la rédaction réfléchisse aux histoires qu’elle peut encore raconter : « Par exemple, accompagner une patrouille de police pendant le carnaval ou expliquer dans un reportage qui fait la vaisselle lors du tir du Grütli. » Pour accéder à ce type d’histoires, il aide de se demander plus souvent : Comment ça fonctionne, en fait ? « L’essentiel, clairement : on ne trouve pas les bonnes histoires derrière un bureau. »

Et l’IA ? Stimule-t-elle ou freine-t-elle la créativité dans le journalisme, Monsieur Fürst ?

Mathias Fürst: « L’IA est un excellent outil pour accomplir plus vite les tâches banales. A ce titre, elle a le potentiel de renforcer la créativité dans le journalisme, puisqu’elle nous libère du temps. Mais l’être humain a, comme on le sait, tendance à la paresse : la tentation est grande de laisser aussi la créativité à l’IA. Et cela, à mon avis, n’est vraiment pas une bonne idée. »

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