Simon Jacoby a fondé « Tsüri.ch » – avec succès. Reste à voir si le concept pourra s’imposer aussi dans une ville plus petite, comme Winterthour.
Par Bettina Büsser
Il a imaginé un nouveau modèle économique pour financer du journalisme : en 2015, Simon Jacoby a lancé, avec d’autres journalistes, le magazine en ligne zurichois « Tsüri.ch ». Dix ans plus tard, le média existe toujours, s’est fortement développé et publie plusieurs newsletters – dont le « Züri Briefing », envoyé chaque jour ouvrable. Tout est en libre accès. « Tsüri.ch » organise aussi des événements et implique sa communauté dans ses projets – y compris dans les enquêtes – selon le principe du « civic media ». Le financement repose sur les membres payants, la publicité, les événements, le sponsoring et une boutique en ligne.
Aujourd’hui, Jacoby est rédacteur en chef de « Tsüri.ch ». Il dirige la rédaction et définit la ligne éditoriale. En parallèle, il est codirecteur opérationnel et président du conseil d’administration. A ce titre, il est responsable de la santé économique et de l’avenir stratégique du média : « Concrètement, je dois garder le budget en tête et utiliser l’argent de manière judicieuse », dit-il.
Quel est l’aspect créatif de ton travail ?
Au cours des dix dernières années, « Tsüri.ch » a plusieurs fois frôtté la faillite. Nous devions alors faire preuve de créativité en équipe : comment générer des revenus de manière acceptable ? Un exemple : on nous répétait que les campagnes de crowdfunding ne seraient jamais durables. Mais grâce à une communication transparente avec notre communauté, nous réussissons aujourd’hui à en mener deux par an.
Autre défi : comment stimuler la croissance de la newsletter avec peu de ressources ? Nous testons énormément de choses, réalisons des vidéos créatives et mesurons précisément ce qui fonctionne – ou non.
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Où faut-il être créatif lorsqu’on construit et finance un nouveau média ?
Créer quelque chose à partir de rien exige une histoire forte : Pourquoi ce média est-il nécessaire ? De quoi allons-nous parler ? Quels seront nos axes ? Pourquoi les gens devraient-ils nous soutenir ? Développer ces récits demande un sens stratégique… et beaucoup de créativité.
De quel type de créativité a-t-on besoin pour garder un média comme « Tsüri.ch » vivant ?
L’immobilisme est mortel pour toute organisation. Mais changer en permanence peut aussi déstabiliser une équipe. Il faut donc un bon équilibre et une juste dose de nouveautés. On ne peut être créatif que si le changement est souhaité. Chez « Tsüri.ch », nous sommes très ouverts aux nouvelles idées.
« Tsüri.ch » est membre de l’association Medien mit Zukunft – Jacoby en est le vice-président – et échange régulièrement avec d’autres rédactions, notamment « Bajour » à Bâle ou « Hauptstadt » à Berne. En avril de cette année, « WNTI », le nouveau magazine numérique de Winterthour, a rejoint le réseau : « Tsüri.ch » a créé avec l’Association pour la diversité médiatique à Winterthour la maison d’édition Achtvier GmbH, qui publie « WNTI ».
« Tsüri.ch nous soutient avec son expertise sur l’univers des médias, les modèles d’affaires et bien d’autres aspects », écrit « WNTI » sur son site. « On verra maintenant si notre concept fonctionne aussi dans une ville quatre fois plus petite que Zurich », dit Jacoby.



