Le Conseil des États a approuvé votre motion en faveur d’un programme d’impulsion pour renforcer la souveraineté numérique. Que demandez-vous concrètement ?
Le Conseil des États a adopté la motion clairement, ce qui est un signal fort quant à la nécessité d’agir. La motion demande un programme d’impulsion limité dans le temps, qui réunit l’État, l’économie et la science et permet de mener des projets pilotes concrets. Les compétences existent en Suisse. Nous devons mieux les regrouper, tester des solutions concrètes et, surtout, passer à l’action. Il s’agit de renforcer nos options numériques et de réduire nos dépendances. Mais c’est d’abord au Conseil national de se prononcer.
Le Conseil fédéral a rejeté la motion, estimant qu’il existe déjà suffisamment de stratégies. Le sujet est pourtant débattu depuis longtemps. Pourquoi si peu de choses se concrétisent-elles malgré tout ?
Le programme d’impulsion vise à mobiliser le vaste savoir-faire dont dispose la Suisse – dans l’économie, la science, l’État et d’autres milieux. Nous avons beaucoup de bonnes initiatives et de compétences. Ce qui manque souvent, c’est le lien entre elles et le passage de l’idée à l’application concrète. C’est précisément là qu’un programme d’impulsion peut intervenir : relier les compétences, partager les connaissances, tester des solutions et faire avancer les projets réussis.
Vous parlez de souveraineté numérique pour l’administration et l’économie. Qu’est-ce que cela signifie pour les médias ?
La souveraineté numérique et des infrastructures numériques performantes revêtent une grande importance pour tous – y compris pour les médias. Nous devrions donc progressivement considérer les infrastructures numériques comme faisant partie du service public. La question est la suivante : de quelles infrastructures numériques notre pays a-t-il besoin pour que le plus grand nombre de personnes et d’entreprises possible puissent en bénéficier ? Le programme d’impulsion peut y contribuer de manière décisive, en réunissant l’État, l’économie, la science et la société et en lançant des solutions concrètes.
La Suisse doit-elle aussi devenir plus souveraine en matière d’intelligence artificielle ?
Notre pays possède déjà des compétences, des modèles et des infrastructures importants dans le domaine de l’IA. La question n’est donc pas de savoir si nous avons besoin d’une IA propre à la Suisse. Ce qui est déterminant, c’est plutôt la façon dont nous pouvons renforcer, rassembler et exploiter ce savoir-faire existant – et quelles infrastructures et quelles options nous sont nécessaires pour continuer à décider souverainement de l’utilisation de l’IA à l’avenir.
Que pourraient déjà faire aujourd’hui la Confédération, les cantons et le monde politique ?
La souveraineté numérique devrait être davantage prise en compte dans les marchés publics – notamment en favorisant l’open source et en permettant la réalisation de projets pilotes innovants. Parallèlement, il faut mieux mettre en réseau les initiatives existantes et traduire plus rapidement les connaissances en pratique. Notre structure fédérale offre à cet égard des atouts particuliers, comme elle l’a toujours fait : les cantons peuvent faire office de laboratoires d’innovation, où de nouvelles solutions sont testées, des expériences accumulées et des approches réussies rendues utilisables pour l’ensemble de la Suisse.


