Actuel – 03.09.2015

Que faire des vidéos montrant la violence ?

Diffuser les images ou pas, ou en partie, ou en lien avec un avertissement? La tuerie en direct en Viriginie a été traitée de manière très diverse dans les médias. En voici un bref inventaire, non exhaustif. 

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Le 26 août, Alison Parker et Adam Ward, respectivement journaliste et caméraman de la chaîne américaine WDBJ7, ont été abattus alors qu’ils étaient en direct à l’antenne. Tout a été filmé: coups de feu, cris et peur de la journaliste, caméra qui tombe au sol… Très vite, les médias du monde entier ont dû prendre une décision: diffuser ou non cette vidéo, qui montre certes un homicide en direct, mais dans laquelle on ne voit ni de sang, ni corps. La même question s’est posée une seconde fois dans la même journée lorsque le tueur a posté, via son compte Twitter, deux vidéos qu’il avait prises à l’aide d’une GoPro et qui dévoilaient la tuerie de son point de vue, l’arme en premier plan.

Rédacteur en chef Actualité de la RTS, Bernard Rappaz explique dans Le Temps du 28 août pourquoi aucune des vidéos n’a été montrée dans les journaux télévisés de la chaîne: «Diffuser des images de violences, c’est souvent tomber dans un piège.» Prenant l’exemple de la communication du groupe l’État islamique, Bernard Rappaz affirme qu’il s’agit de «l’exemple type d’une organisation qui met la médiatisation de ses actes terroristes au coeur de sa stratégie.» Selon lui, même s’il n’est «pas facile de couvrir cette actualité incontournable sans exploiter les rares images disponibles», c’est «à nous de résister aux tentatives de manipulation». En France, iTELE, LCI et TF1 n’ont diffusé aucune image, contrairement à France 2, qui a même transmis les vidéos du tueur, en s’arrêtant avant les coups de feu. Une technique répandue, qui a permis à certains médias, comme le 20 Minutes français, de donner l’information tout en évitant de choquer le public. Aux Etats-Unis, CNN a diffusé une version courte de la première vidéo une fois par heure. Fox News n’a émis que des plans fixes. La britannique BBC, quant à elle, a transmis sur son compte Twitter une partie des vidéos enregistrées par le tireur.

«Une information brute»

Grégoire Nappey, rédacteur en chef du Matin, répond à Bernard Rappaz dans les colonnes du Temps que cette vidéo «est une information. Brute. Mais pas de sang ni de visuel suffisamment explicite selon nous pour ne pas diffuser. Nous décidons de ne pas l’imposer ainsi à l’internaute et d’en faire un article à part, accessible uniquement via un lien sur notre sujet relatant le drame». La technique du lien a d’ailleurs été largement utilisée dans les médias français et américains, tel le New York Times. En ce qui concerne les vidéos prises par le tueur lui-même, Le Matin a choisi de ne pas la transmettre à ses lecteurs: «On a presque l’impression d’appuyer soi-même sur la détente. On s’en tiendra à un récit des faits et à quelques captures d’écran.»

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D’autres médias, comme l’hebdomadaire français L’Express ou le Huffington Post ont choisi de précéder les images de la première vidéo d’un texte d’avertissement. Emma Defaud, rédactrice en chef de L’express.fr, estime dans une interview accordée à 20minutes.fr que, ainsi, «on ne l’impose pas. A l’inverse d’une radio ou d’une télé, c’est le choix de l’internaute.» Emma Defaud va plus loin en ajoutant que «ça a été diffusé en ligne, sur les ondes, ça fait l’objet d’une enquête. Ne pas les montrer, n’est-ce pas déserter l’info?» En revanche, L’Express.ch n’a pas transmis les images des deuxième et troisième vidéos, estimant qu’il s’agissait là d’«une forme de voyeurisme».

Toute la question dans ce genre de circonstances, finalement, consiste à déterminer ce qui est d’intérêt public ou non. Si informer le public de la tuerie était nécessaire, la diffusion de l’une ou l’autre des vidéos apportait-elle réellement une plus-value?

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